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31 < >jan 2010

SANS-PAPIERS EN GRÈVE : LE COMBAT CONTINUE

Author: L'école de la rue | Filed under: Politique

Le 12 octobre dernier, les travailleurs sans-papiers ont décidé 
de reprendre la grève, seul moyen pour eux de se faire entendre.

Le 23 octobre dernier, des travailleurs sans papiers, employés par l’agence d’intérim Multipro du boulevard Ménilmontant, viennent demander à leur patron d’intercéder en leur faveur auprès de l’administration pour leur régularisation.

Celui-ci refuse toute discussion et décide tout simplement de les chasser ! Le ton monte, des chaises et des porte-manteaux volent, un travailleur prend un coup de couteau et passe une nuit à l’hôpital. En réaction, les sans-papiers décident d’occuper l’agence et de rejoindre le mouvement de grève des intérimaires sans-papiers d’Île-de-France, initié le 12 octobre par la CGT et SUD-Solidaires. Aujourd’hui, ils seraient plus de 5 000 grévistes, le mouvement a gagné toutes les enseignes d’intérim (47 agences), et on dénombre 1 800 entreprises concernées par cette lutte.

CITOYENS DE SECONDE ZONE
La plupart de ces travailleurs sont présents sur le territoire français depuis de nombreuses années, ils travaillent régulièrement, paient des cotisations sociales, des impôts ; en refusant la régularisation des travailleurs sans papiers, l’État continue à exercer un racket, qui lui rapporte 2 milliards d’euros par an sans avoir à débourser un centime pour les droits sociaux de ces hommes et femmes qui, pour lui, « n’existent pas ». Ces travailleurs ont fondé une famille et leurs enfants sont scolarisés, mais l’État refuse toujours de régulariser leur situation. Certains d’entre eux travaillent pourtant sur d’importants chantiers publics, employés par des agences d’intérim sous-traitantes de grosses entreprises telles que la RATP ou ERDF. Comme à la porte des Lilas, où les palissades du chantier du tramway parisien sont recouvertes de banderoles aux slogans explicites : « Travailleurs sans papiers en grève », « On vit ici, on bosse ici,   on cotise ici, on reste ici ! » Ces revendications sont celles d’une trentaine de grévistes sans papiers de l’agence d’intérim Selpro. Depuis le 12 octobre, ils occupent leur chantier jour et nuit et dorment à tour de rôle dans des tentes que SUD-Solidaires leur a fournies. Et, comme si leur situation n’était pas suffisamment insupportable, les mairies du 19e, du 20e, et la Maire de Paris (toutes « socialistes ») refusent obstinément de leur installer des toilettes de chantier, les incitant à reprendre le travail pour « le bien des administrés ». Immonde !

A Ménilmontant, depuis près de quatre semaines, malgré les menaces de leur patron et les tentatives d’intimidations de la police (qui leur refuse le droit de diffuser des tracts et de communiquer devant la boutique ou même d’y déposer une caisse de solidarité), les sans-papiers tiennent bon. Comme sur les autres sites occupés, la grève les mobilise hors de leur foyer et prive leur famille d’une maigre source de revenus. Mais ces hommes ne supportent plus que l’on profite de leur situation pour leur imposer des salaires et des conditions de travail au rabais. Ils ne veulent plus vivre la peur au ventre, pourchassés par la police alors qu’on n’inquiète nullement les employeurs qui les exploitent à moindre coût !

RÉPRESSION, TOUJOURS
Si l’avenir de ces travailleurs en lutte demeure incertain, tant que le gouvernement continuera sa politique de chasse à l’étranger, ce mouvement de protestation suscite heureusement un fort mouvement de sympathie et de solidarité. Ainsi, un comité de soutien a vu le jour dans le 20e arrondissement et, la semaine dernière, quand Multipro a décidé de couper le courant dans l’agence, le voisinage a déroulé des câbles électriques depuis les étages de l’immeuble afin que les occupants puissent se préparer un repas chaud. N’hésitez pas, vous aussi, à leur apporter votre soutien en passant boulevard Ménilmontant, à la porte des Lilas ou sur tous les autres sites en grève.

Les négociations avec le ministre de l’identité nationale sont actuellement au point mort. La seule réponse du gouvernement, par la voix de son ministre du travail, est de menacer de sanctions les entreprises qui emploient des sans-papiers et leurs donneurs d’ordres. Nouvelle saloperie qui, présentée comme une mesure de lutte contre le travail illégal, isolera encore plus les sans-papiers, les laissant, après des mois de lutte acharnée, survivre avec de maigres compensations. Les entreprises coupables pourraient faire, au pire, l’objet d’une fermeture administrative les obligeant à licencier ces travailleurs (en leur versant tout de même des indemnités !) et fourniront probablement dans le même temps les renseignements nécessaires à l’expulsion de leurs anciens employés. Et c’est bien sûr le préfet qui s’occupera des sanctions, celui-là même qui prononce les reconduites à la frontière. Pardon, je vomis…

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