Rencontre avec une troupe de théâtre pas comme les autres. Loïc et Antoine nous parle du fonctionnement et des spectacles de la compagnie Jolie Môme.
Pourriez-vous vous présenter ainsi que la Compagnie ?
ANTOINE : Je suis comédien de la Compagnie Jolie Môme depuis 2007, donc depuis peu puisqu’elle a été crée en 1983 par Michel, fondateur, directeur et metteur en scène de la Compagnie. C’est un noyau dur de douze personnes : comédiens, techniciens et administratifs. On fait plusieurs spectacles dans l’année.
LOÏC : Je m’occupe des relations publiques au sens large, l’accueil du public, la vie de notre lieu la Belle Étoile, l’organisation des tournées et des spectacles.

Vous avez participé activement au mouvement des intermittents. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
LOÏC : On a participé à beaucoup d’actions dans le cadre du mouvement des intermittents depuis 2002. Il y en avait eu déjà en 1992 et 1997 : ce n’est pas la première fois que l’on attaque nos droits et que l’on se défend. Nous avons fait deux mois et demi de grève en 2003 et mené beaucoup d’actions. La Coordination des intermittents et précaires (CIP) a, entre autres, interrompu le 20 heures de France 2, occupé France Inter et pleins d’autres journaux, le toit du MEDEF, de l’UNEDIC. On a aussi occupé le siège de la CFDT pour demander des explications aux dirigeants nationaux de la CFDT, signataires des accords de 2003 concernant les chômeurs et intermittents. La CFDT a porté plainte alors que c’est censé être un syndicat de défense des travailleurs. Ils ont accusé Ludovic, un camarade de HNS Info (site Web alternatif) et Michel, d’avoir volé une affiche vantant le dernier livre de François Chérèque et d’avoir blessé son garde du corps (qui a en fait reconnu être tombé tout seul). Ils ont aussi et surtout été accusés de violation de domicile. Le procès a eu lieu. C’était tellement ridicule… Michel et Ludovic ont été condamnés à 1 euro symbolique de dommages et intérêts à payer à la CFDT, ainsi que 2 000 euros d’amende avec sursis. Tout cela n’a même pas été noté sur leur casier. Donc, on aurait pu en finir là, mais ça nous agace d’être condamné pour une chose illégitime et injuste, et on a demandé à passer en appel.
La Compagnie existe depuis 1983, avec tous les changements de personnel que cela suppose, alors comment on fait pour intégrer la Compagnie Jolie Môme ?
LOÏC : C’est avant tout une histoire de rencontre et d’êtres humains. Nous avons choisi de vivre et de fonctionner en troupe, sur le long terme, et puis de travailler beaucoup, intensément et avec passion.
ANTOINE : On passe tellement de temps ensemble, forcément on veut être avec des gens qu’on aime bien et avec qui on a envie de travailler. Moi, je connaissais déjà la Compagnie en tant que spectateur, j’aimais beaucoup ce qu’ils faisaient : la théâtralité et l’engagement politique. J’ai eu envie de devenir comédien et j’avais les mêmes ambitions politiques que la Compagnie, donc je suis allé les voir, je suis venu servir à la buvette le soir, faire le ménage, donner un coup de main et je participais aux ateliers du soir de la Compagnie.
LOÏC : Et aussi aux actions des intermittents à nos côtés, moi je t’ai connu surtout comme ça au début.
ANTOINE : Avec l’engagement politique oui, et puis je suis tombé sur une année où ils cherchaient des comédiens hommes, ça a bien collé et ils m’ont pris.
LOÏC : En fait, quand on a besoin d’un comédien ou d’un technicien, on cherche dans l’entourage de la troupe quelqu’un qui puisse nous correspondre.
Comment se traduisent vos idées politiques dans le fonctionnement de la troupe, la gestion du lieu, des relations internes, de vos salaires?
LOÏC : Nous essayons de fonctionner selon des principes autogestionnaires. On est tous intermittents du spectacle et l’on a décidé d’être à salaire égal. À la fin du mois, on divise le montant des recettes de la Compagnie par le nombre de personnes qui ont bossé. Que l’on soit metteur en scène, comédien, technicien, on touche tous la même chose, donc on a à peu de choses près la même intermittence aussi. Les grandes décisions se prennent collectivement.

Comment choisissez-vous les pièces ?
LOÏC : L’un de nous fait une proposition, il faut qu’on adhère tous à l’idée, qu’il y ait une émulation collective. Ensuite, l’opinion de Michel, en tant que directeur artistique, est déterminante. Il a un rôle moteur. Quand il sent une énergie collective, il s’en saisit.
EDLR : Et la distribution des rôles ?
ANTOINE : En général, tout le monde essaye tous les rôles, ça crée une petite concurrence utile, une émulation artistique, on compare les interprétations. Ensuite, Michel tranche, il distribue les rôles. Sur Faut pas payer ce fut assez particulier, à la première lecture, la distribution des rôles paraissait évidente.
Comment avez-vous obtenu le Théâtre de la Belle Étoile à Saint-Denis?
LOÏC : Avant d’être ici, on louait des locaux pas chers sur une friche SNCF à Pont-Cardinet, et au moment où Delanoë s’est mis en tête d’obtenir les Jeux olympiques à Paris. La Ville de Paris nous a fait expulser en achetant tous les terrains SNCF disponibles et ne nous a pas relogés. À ce moment-là, on jouait un spectacle à Saint-Denis lors du Forum social européen, et la mairie nous a proposé ce local. La mairie a fait beaucoup de travaux de mise aux normes et l’on s’est occupé de l’aménagement. À l’origine, ce n’était pas un théâtre mais une salle des fêtes datant de 1906. À notre arrivée, on a fait un travail d’implantation. On propose régulièrement aux gamins du quartier d’assister au spectacle gratuitement, en respectant certaines règles de fonctionnement, par exemple réserver plusieurs jours à l’avance, comme tout le monde. Nous sommes un théâtre ouvert, mais qui ne fonctionne pas juste au gré des caprices des gens. De toute façon, nous sommes souvent devant le théâtre, dans la rue, à interpeller les habitants du quartier pour les informer de ce qui se passe et leur proposer de venir.
Et pour Saint-Amant-Roche-Savine en Auvergne?
LOÏC : L’Auvergne, c’est notre base d’été, notre repli quand on veut s’isoler un peu, c’est là qu’on enregistre la plupart de nos albums et qu’on va préparer nos spectacles. C’est là aussi qu’on organise tous les étés notre festival « La Belle Rouge », c’est un festival de théâtre, chanson, cinéma et de politique qu’on organise pendant trois jours, chaque dernier week-end de juillet.
Pour conclure, pourriez-vous nous parler de l’actualité et des projets de la Compagnie Jolie Môme ? Il y a bien sûr toujours Dario Fo jusqu’au 13 décembre à la Belle Étoile…
ANTOINE : Il y a toujours le spectacle de chansons et de cabaret Basta Ya ! qui tourne tout le temps. D’habitude on va le chanter dans la rue le dimanche, mais comme on joue déjà Faut pas payer le dimanche… Après, on a des reprises qui sont prévues comme Barricades qui se jouera à la Belle Étoile au mois d’avril, le reste, c’est une surprise !
LOÏC : Et puis on s’occupe d’accueillir d’autres événements ici. On a créé un spectacle qui s’appelle Microsillons pour les 0-5 ans, et la troupe Tamérentong fait des ateliers de théâtre pour 24 mômes du quartier, ils font un super boulot.
ANTOINE : Il y a aussi les ateliers de théâtre et chanson le mardi et mercredi soir. Les gens qui y participent sont un peu la « garde rapprochée » de Jolie Môme. Les copines et copains qui tenaient la buvette et qui servaient ce soir sont issus des ateliers et nous aident bénévolement.
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