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1 < >oct 2009

Interview du RASH Bogota

Author: L'école de la rue | Filed under: Interview

Les redskins de Bogota animent une des sections RASH les mieux organisées et les plus actives sur le terrain des luttes sociales et culturelles. Voici leur interview.

Bogota

Pouvez-nous faire un petit historique du RASH Bogota ?

RASH Bogota : Brièvement, le RASH Bogota est né en 1997, ses débuts sont exclusivement urbains. Des skins communistes de l’époque sont à l’origine de sa création, leur but était de créer un mouvement fort et organisé pour proposer des solutions politiques et contre-culturelles. Au début, nous ne faisions pas grand-chose, on sortait un fanzine appelé Red Zine, nous avions un bar appelé Bar-Red et nous parcourions la ville à la recherche de nazis. Nous étions 10, au maximum, à animer le RASH, nous travaillions avec des organisations politiques anarchistes et communistes, nous participions aux manifs et l’on s’embrouillait souvent avec les flics. À cette époque, le RASH succéda à la vieille Resistencia Redskin de Bogota qui s’était dissoute. Nous avions beaucoup d’histoires, de bagarres, d’embrouilles diverses, certains d’entre nous firent de petits séjours en prison, on allait au stade et, surtout, on pensait pas mal à se divertir. Un jour, on en a eu marre, et nous avons décidé de construire une organisation forte et disciplinée, respectée dans la ville tant par son activité politiques que par ses actions directes.

Pourriez-vous présenter vos activités et vous définir politiquement ?

Actuellement nous travaillons beaucoup dans notre ville et aussi au niveau international. À chaque fois que nos finances nous le permettent, nous sortons notre fanzine Barricada internacionalista, nous avons déjà édité trois numéros et le quatrième est prévu pour bientôt. Notre zine s’appelle ainsi car nous nous revendiquons du travail des débuts du fanzine du RASH Paris, Barricata. Tout au long de l’année nous réalisons différentes activités contre-culturelles, des initiatives politiques et sociales. Nous organisons des festivals : Fuck the RAC Fest, RASH Fest, Rock Radical Rojo y Para Todos Todo Festival. Ces événements ont énormément contribué à fortifier le mouvement antifasciste à Bogota. On a fait jouer des groupes comme Non Servium et Retaque. Et aussi des groupes colombiens proches du RASH qui purent ainsi exposer leurs propositions politiques et culturelles. De plus, chaque année, nous réalisons les campagnes suivantes : campagnes de solidarité avec les prisonniers politiques, et avec les peuples du monde, la Marche antifasciste de Bogota, Avril antifasciste, Octobre rouge. Et nous participons à de nombreuses manifestations organisées tout au long de l’année ; manifestations syndicales, pour la défense de l’enseignement public, pour le travail, contre l’homophobie, le racisme, la discrimination, à des marches pour les déplacés et exilés de notre pays, etc. De même, nous travaillons avec la Coordination antifasciste de Bogota, dont nous sommes à l’origine, et qui réalise actuellement un très bon boulot. Nous sommes également attachés à l’oeuvre des Bafs (Brigade antifasciste) de Bogota. Nous développons un travail social et politique dans la ville et à travers le pays, inscrit au niveau national dans l’action du RASH Colombie, et nous sommes fiers d’appartenir à la Confédération unies des RASH. Nous nous consacrons chaque jour à la liberté, l’égalité et la solidarité des peuples du monde.

Vous considérez-vous comme un groupe politique ou plus comme un collectif culturel ?

Nous sommes une organisation politique de cadres, contre-culturelle et révolutionnaire qui agit au sein de la jeunesse colombienne pour l’émancipation du peuple et sa libération du joug de l’oppresseur.

Nous travaillons avec différentes organisations politiques rouges et anarchistes, révolutionnaires et combatives (la liste est longue) dans l’idée de nous implanter chaque fois un peu plus au sein du mouvement social et politique colombien.

Que pensez-vous de la situation au Venezuela et de la politique de Chavez ?

Eh bien, nous ne sommes mariés à personne, à aucun parti ou à qui que se soit – nous sommes une organisation indépendante et autonome. Nous n’avons ni drapeau ni frontières, mais nous percevons qu’une révolution bolivarienne s’articule autour de ce qui se passe au Venezuela – un projet politique pour notre continent, qui s’appuie fortement sur la participation des gens au pouvoir. C’est pourquoi nous le soutenons dans toutes les questions relatives au travail social qui, nous l’espérons, seront fécondes pour le peuple vénézuélien. Nous appuyons le bolivarisme continental !

Et des changements de politique en Amérique du Sud suite à l’élection de présidents socialistes ?

Tout cela doit être analysé à la loupe pour chaque pays, car les contextes sont différents. Le Brésil est une social-démocratie qui penche à droite et qui n’a rien de révolutionnaire. En Argentine, le processus en marche (depuis la crise du début des années 2000) a été stoppé net par les réactionnaires. En Bolivie, Evo Morales a dû faire face à des foyers impressionnants d’ultradroite dans sa bataille pour donner plus de pouvoir au peuple, qui fut très dure – les affrontements ont fait beaucoup de morts. Le Pérou a à sa tête un laquais de l’impérialisme américain… Les pays qui tentent de prendre un virage radical vivent de dures confrontations internes, les capitalistes faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour faire perdurer leurs intérêts. Nous manquons d’unité entre les peuples et de solidarité internationale pour que notre continent prenne un virage à gauche et avance pour sa libération. En Colombie, nous avons la plus forte dictature du continent protégée par une alliance narco-paramilitaires-politiques, avec à sa tête Uribe (un mercenaire sud-américain au service des gringos).

Quelle est votre vision du bolivarisme ?

Pour nous le bolivarisme est une lutte sud-américaine qui doit renaître dans ce continent pour que le peuple avance jusqu’au pouvoir. Tout le pouvoir au peuple ! Il est nécessaire de récupérer ce qui nous appartient et de le conserver car nous avons longtemps été exploités, humiliés et massacrés. Il est nécessaire, qu’au niveau international, les gens se solidarisent avec ce processus et nous aident de différentes manières à atteindre notre objectif. Une nouvelle Amérique du Sud !

Pouvez-vous nous parler de la scène punk et skin en Colombie ?

La scène punk est très ambiguë en Colombie. Politiquement, elle n’est pas très définie, mais il y a tout même des exceptions, certains se revendiquent d’un punk combatif et militant, et avec eux nous travaillons souvent. Pour le mouvement skin colombien nous pouvons vous donner quelques chiffres : 400 faux skins néonazis, 300 skins ambigus, 1 000 skins antifas. Bref, beaucoup de skins, beaucoup de mode. Peu de véritables convictions. Peu de luttes concrètes et réelles.
Le seul mouvement qui continue à avoir des convictions claires qui lui sont propre est le RASH Colombie et quelques sections du SHARP Colombie. Le bilan est bon mais nous devons le fortifier idéologiquement.

Existe-t-il des fascistes et des nazis en Colombie, quel est leur discours ?

Oui, même si cela peut paraître contradictoire, il existe des fachos ici ! Ils ont un discours assez fort. Ils disent lutter pour la race, quand tous sont le produit du métissage continental. Ils disent lutter pour la famille blanche, mais se rapprochent plus du toxico ou du gangster. Au final, ils sont un pur produit du capitalisme et des modes européennes. Des jeunes sans aucun sens de la vie ni sentiment d’appartenance. Beaucoup viennent de la scène punk et sont le produit de son ambiguïté. Ils luttent pour une nation qui les exploite quotidiennement, et à laquelle ils rendent hommage. Politiquement, ils s’allient à des partis ultraconservateurs qui financent leurs méfaits, comme Cambio Radical (« Changement radical »), le Parti conservateur et les autres partis chrétiens. La majorité sont des enfants de familles pauvres, très humbles. C’est dire leur niveau d’ignorance, qui les conduit à se considérer comme néonazis. Ces abrutis sont manipulés par de nombreux groupes politiques, dont les paramilitaires, qui les utilisent dans la défense de leurs intérêts. Leur discours est calqué sur celui d’Uribe : sécurité démocratique (sic), extermination des insurgés, Montages, Faux positifs 1, etc. (Avec ce discours très à la mode en Colombie, ils ont fait beaucoup d’adeptes.) Dans un pays ultra-fasciste il y aura toujours des moutons qui seront dominés par des groupes politiques.

J’imagine que la répression de l’Etat contre les révolutionnaires est forte en Colombie, pourriez-vous nous en parler ?

La répression est très forte ici, effectivement. Chaque jour, des jeunes, des leaders syndicaux, des profs syndiqués, des mères représentantes de quartier, des étudiants, des activistes disparaissent et personne ne fait rien. Cet « Etat » paramilitaro-fasciste continue d’anéantir le peuple pour servir ses macabres intérêts et de dominer la politique intérieure sous la menace des balles.

www.rashbogota.org

1 Un euphémisme martial qui cache une réalité particulièrement sordide: des centaines voire des milliers de civils colombiens, généralement des marginaux ou de pauvres paysans, ont été froidement assassinés par l’armée puis vêtus de treillis avant d’être présenté comme des guérilleros tués au combat.

Une Réponse à “Interview du RASH Bogota”

  1. Jérémie papapunknimois dit:
  2. Salut camarades,

    Cela me fait sourire quand le camarade du RASH Bogota dit qu’ils ont crée une « organisation forte et disciplinée ». Cela ne correspond pas à notre tradition libertaire certes mais effectivement leur sérieux est impressionnant.

    Lors de mon voyage militant en Colombie il y a trois étés de ça, j’avais pu longuement discuté avec Freddy et les autres camarades du RASH.

    On était pas d’accord sur tout (système de patch RASH Bogotá qu’aux militant-es intégré-es après avoir fait leurs preuves, pratiques internes propres au marxisme-léninisme ), ses militant-es sont de véritables cadres (au sens positif du terme) : intransigeants, formés et sur-actifs dans le mouvement social (assos étudiantes radicales, luttes sociales, indigènes et syndicales etc.).

    Malgré des différences, le RASH Bogotá est en tout cas très respectable dans un pays où il ne fait pas bon de revendiquer. Freddy, comme d’autres avant lui, en ont fait les frais à l’ombre des prisons colombiennes.

    Pour ceux et celles que cela intéresse voici le lien du bulletin d’info de la CNT sur la Colombie. Entres autres, un article que j’avais écrit sur la Modelo la « célèbre » centrale de Bogotá :

    http://www.cnt-f.org/international/spip.php?article251

    Sinon, beau travail pour le site !

    La lucha sigue !

    Saludos revolucionarios.