2009: LE SON DE LA RAYA PUNK DES 80′S N’A PAS PRIS UNE RIDE ET ON Y CROIS ENCORE (PLUS FORT MÊME)! MARCO RACONTE.

Après vingt-cinq années de scène, à Paris et ailleurs, quels sont les principaux changements que tu constates par rapport à vos débuts?
Marco Wunderbach : Ouhlà, il va falloir que j’évite de la jouer « Papy keupon raconte les tranchées » sur ce coup ! Le vrai changement pour moi c’est Internet. Un groupe se forme, enregistre deux titres, les met sur une page Web et il existe, sans un concert. Nous, on ne pouvait exister et être connus que par la scène, pour que le bouche-à-oreilles fonctionne en espérant qu’il soit bon… Maintenant, tu joues à Brest et le lendemain matin, il y a le compte rendu du concert sur un site, si ce n’est des photos ou une vidéo, donc tu restes en permanence en « vitrine ». Cela donne une impression de dynamisme, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit vraie…
La scène punk te semble-t-elle avoir évolué et comment ?
Il y a plus de groupes, plus de concerts, de salles et d’organisateurs, sans parler des distros indépendantes, inexistantes avant. En 1980, chacun bossait dans son coin. Il y avait de gros foyers de groupes à Paris, Rennes, Montpellier, voire Toulouse ou Bordeaux, mais le seul relais c’était les fanzines et il y avait des groupes qu’on ne connaissait que de nom. Même si on les écoutait, je n’ai jamais rencontré un mec d’OTH, de Caméra Silens ou de Kidnap à l’époque et j’ai rencontré les Trotskids quand ils ont quitté Rennes pour Paris. En fait, ça a commencé à bouger avec les premières compilations « Chaos en France », mais on avait déjà splitté.
Les groupes sont souvent meilleurs techniquement que nous on ne l’était à nos débuts. De mon côté, j’ai eu de vrais coups de coeur, comme récemment avec Dobermann. Mais je peux aussi citer Brixton Cats au Barricata, 103 Pogo, Nuit Rouge de Limoges, Two Tone Club, La Fissure, Stygmate, Holy Holster ou même, dans un autre style, La K-Bine. Enfin, avec mon Alzheimer, je dois en oublier…
Pour parler du public de la région parisienne, puisqu’on y vit, il y a souvent plusieurs concerts dans la même soirée alors qu’en 1980 on pouvait attendre des semaines avant d’avoir une affiche punk ! En contrepartie le public est souvent plus blasé. Nous, on avait tellement faim qu’on se délectait de chaque concert ! Même des plus foireux… Mais bon, c’est vrai, on était moins straight !
J’ajouterai que la scène me semble plus politisée. Nous, on était surtout des « petits voyous » qui n’aimaient personne et nous faisions le plus bruit possible pour faire chier tout le monde : nos parents, les beaufs, les hommes politiques, la police etc. Mais c’était surtout viscéral et spontané. Aujourd’hui, certains groupes s’investissent beaucoup et je trouve ça très bien, mais je me dis parfois qu’ils doivent avoir beaucoup plus foi en l’humanité que nous ! Nous, on n’aurait jamais pu aller soutenir le combat des Continental, par exemple : les ouvriers et le SO de la CGT nous aurait jeté dehors à coup de pompes ou de matraques en nous traitant de dégénérés!
Je me souviens d’une discussion où tu me disais que vous vous sentiez plus libres, plus fous que les mômes d’aujourd’hui, que tu avais l’impression de t’être mis moins de limites à l’époque qu’eux…
C’est simple, on était dans le No Future : « Les Russes et les Ricains vont faire sauter la planète » et il faut profiter de la vie avant… Les mômes d’aujourd’hui savent que même si la Terre sera bien pourrie ils vont devoir vivre avec… Ils sont aussi pessimistes que nous l’étions, mais avec un avenir. Nous, on pensait qu’on n’y avait même pas droit, alors on voulait désespérément avoir l’impression d’exister. On était à fond dans le « vivre vite, mourir jeune » avec tous les excès que ça comporte, sans se projeter dans le futur ni même dans la société. Je pensais mourir avant 25 ans, et quand je les ai eus j’étais tellement mal, que je me suis senti obligé d’en faire une chanson, c’est dire ! Mais je dis aussi dans un nouveau titre qu’on a laissé du monde en route, c’était la roulette russe : « pourquoi mon pote est mort et pas moi? » Ça, ça reste encore parfois dur à vivre…
C’était quand ta première fois sur scène ?
Le retour de Tonton Keupon raconte ! C’était en 1980, je crois. On ne jouait que pour le fun dans la cave d’un copain et on n’osait même pas penser à la scène. Mais lors d’un festival à Villiers-sur-Marne, LSD nous a forcé la main et nous a incrustés de force sur leur set, au dernier moment sans prévenir l’orga. On n’avait qu’un guitariste et à peine six morceaux, je crois. Je ne sais même pas si on avait déjà un nom. On a joué, LSD a joué, les Spoons (le groupe de Manu, notre futur lead guitar) aussi et puis ensuite, comme à l’époque la « punkonnade » était autant à la mode que la « ratonnade », toutes les cités alentours nous sont tombées dessus… Une vraie boucherie ! Je me souviens qu’il n’y avait pas de scène et on a dû jouer devant 50 gus, mais ça a quand même été un choc : j’ai découvert que j’avais ce truc en moi. Et le petit sourire satisfait de Tai-Luc quand on est rentré sur Paname m’a laissé supposer que, lui, il le savait avant et qu’il était ravi de son coup ! C’est ce jour-là que j’ai rencontré Manu et que Wunderbach est vraiment né…
Est-ce que vous comptez enregistrer un nouvel album ou sortir un nouveau DVD?
A priori oui, dans les deux formats. Mais, comme on est une bande de caractériels graves, ça peut encore changer ! En fait, on a envie encore de faire de la scène et on ne peut plus jouer le même set indéfiniment, alors on n’a pas le choix…On a hésité, car je ne sais pas si, vingt-cinq ans après, j’ai encore des choses à écrire qui peuvent toucher les gens, mais ça s’est débloqué cet été. On a déjà testé deux ou trois morceaux sur scène et ça s’est bien passé. Mais bon, on ne le sortira que si on en est fier… Et comme on est très fiers, Inch Allah !
Lorsqu’on vous demandé de jouer au Festival Barricata 2009, vous aviez l’air enthousiastes. Tu m’avais dit que vous étiez heureux de vous inscrire dans un événement aussi clairement politisé, antifasciste…
Clairement… On a subi trop de casseroles et trop de gens ont longtemps dit que nous étions fafs à cause de notre nom et parce qu’on a été le premier groupe punk à avoir un public skin. Mais bon, depuis on sait que skin ne veut pas toujours dire faf, non ?
En plus, il y a une polémique autour de la chanson « Pas de références ». Mais elle servait juste à dire « on est anars, Ni Dieu, ni maître et c’est tout ». Pour moi, punk et fascisme sont totalement antinomiques ! Tu peux être l’un ou l’autre, mais pas les deux ! Du coup, le Barricata 2009, comme le Limoges Against Fascism en 2005 et en 2009, c’était une façon de mettre les choses au point définitivement pour une bonne cause.


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